Les années d'un enseignant ne s'écoulent pas toujours comme un long fleuve tranquille

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Lire l'INTRODUCTION puis le début du PREMIER CHAPITRE

 

 

INTRODUCTION

 

 

Enseigner c'est transmettre une connaissance, des compétences, une expérience. Rien ne semble compliqué : il suffirait d'avoir acquis le savoir dans un domaine ou d'avoir pratiqué une activité, de façon approfondie toutefois, pour être en mesure d'instruire tout un groupe d'élèves. Or ce n'est pas cela. Ou pas seulement. Si c'était le cas, un large public pourrait exercer le métier. Non, d'autres aptitudes sont nécessaires. Et malgré tout, le résultat n'est jamais garanti face à une classe. Quoiqu'au pire, quand ça n'a pas marché, quand un valeureux professeur s'est arraché les cheveux devant des élèves qui n'ont rien retenu de ce qu'il leur a rabâché durant des jours ou des semaines, on peut se dire, en pensant à la formule souvent attribuée à Edouard Herriot, mais qui n'est pas de lui, qu'il leur restera au moins la culture après avoir tout oublié. Ainsi, le monde est rassuré et tous les écoliers, les collégiens, les lycéens pourront devenir des adultes !

 

On ne se dirige donc pas vers le métier de prof par simple hasard. Pourtant, je me suis demandé si dans mon cas il n'était pas un peu présent.

 

Autour d'une réflexion sur les raisons qui ont pu m'amener à cette fonction, d'ailleurs assez peu conformes aux habitudes, mais aussi à travers ce que j'ai vécu avec les classes que l'on m'a confiées et ce que j'ai pu observer auprès de mes collègues, j'ai eu envie de décrire le système éducatif tel qu'on ne le voit pas forcément de l'extérieur, de commenter son fonctionnement, de comprendre à mon modeste niveau pourquoi il est parfois en panne et d'imaginer quelques solutions. De quoi peut-être en faire réagir et même bondir certains dans cette immense communauté.

 

 

 

CHAPITRE PREMIER

 

  

« Toi, tu n'es pas un vrai prof ! » me dit soudain mon amie Sylvie le soir du 31 décembre pendant que nous roulions sur l'autoroute pour nous rendre chez Jean-François, un ancien collègue, prof de maths, qui enseigne dans un lycée public où j'ai exercé durant trois années. Elle ne l'avait jamais rencontré mais nous avions parlé maintes fois de lui. Elle me pose toujours des questions sur les gens que je fréquente. Elle avait fait quelques recherches sur Internet et avait obtenu seulement une ou deux photos où il était en randonnée dans les Alpes. Elle ne le trouvait pas déplaisant.

 

Pour cette soirée de réveillon en petit comité, il avait invité aussi un autre enseignant, professeur de philo, en poste depuis septembre dans son lycée. Je ne le connaissais donc pas encore. Sans nul doute, nous n'allions pas parler de notre métier, ou si peu, ni entrer dans de grands débats. Il y a d'autres moments pour ces discussions et la compagne de Jean-François, qui travaille dans le secteur du cosmétique, souhaitait sûrement entendre autre chose que les problèmes de l'Education Nationale ou nos histoires de salle de classe que nous sommes les seuls à trouver drôles.

 

Avant de partir, Sylvie avait fait soi-disant une petite révision sur Platon et Nietzsche de façon à ne pas passer pour une inculte devant cet autre convive. Mais elle plaisantait, je pense. C'est tout à fait son style. Elle a naturellement ce qu'il faut pour se fondre dans n'importe quelle conversation sans devoir se montrer érudite.

 

Puis elle ajouta : « Oui, tu n'es pas un vrai prof parce que tu as eu une autre vie avant d'enseigner, tu as fait autre chose. Tu es arrivé là mais ce n'était pas ta voie. Tu es différent. Avec toi, je suis à l'aise. Je peux tout dire sans que tu te permettes de juger. Tu entres dans mes jeux, dans mes rires. Tu échanges avec tout le monde. ». Voulait-elle dire que les ''vrais'' profs sont trop sérieux, trop rigides, trop austères ? Certains le sont, mais pas tous. Loin de là. C'est bien sûr une profession où l'on doit savoir garder des distances, ce qui dépasse parfois le cadre scolaire. Où l'on veut aussi le mélange social sans toujours chercher pour autant à se mélanger. Ceci n'est nullement un reproche. C'est d'ailleurs une catégorie socioprofessionnelle que j'appréciais, déjà avant d'être prof. Puis connaissez-vous quelqu'un qui a un comportement parfaitement conforme aux principes ou aux idées qu'il défend ?

 

Pourtant, Sylvie n'avait rien à craindre de ces gens qu'elle n'allait pas tarder à découvrir : ce milieu ne lui est pas étranger puisqu'elle est elle-même fonctionnaire de cette grande maison. Elle travaille plus exactement à l'université et elle n'a cessé de côtoyer depuis plus de vingt ans des enseignants, autant dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée. Mais elle est de nature anxieuse et a toujours peur d'affronter ceux qu'elle ne connaît pas encore.

 

Finalement, un ou deux verres de vin ont suffi pour qu'elle se détende.

 

 

L'enseignement est en effet une deuxième vie pour moi. Mais pas complètement quand-même. C'en est une dans le sens où un matin, ce fut le départ vers un nouveau métier. Néanmoins un métier dans lequel...

 

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